C’est à vous #1 Devenir parents : le parcours du combattant

Dans ce nouveau rendez vous qui aura lieu tous les un ou deux mois (pas encore de date précise) je vous laisserai tout simplement la parole ! 🙂

Ce mois-ci nous rencontrons Mira qui a gentiment accepté de témoigner. Encore merci à elle d’avoir accepter de nous partager son histoire !

 

  • Bonjour, tout d’abord merci d’avoir accepter de témoigner, pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Mira, j’ai 36 ans, je suis mariée, j’ai une petite fille de 14 mois. Je suis une Maman-ange.

  • Pouvez-vous nous raconter votre histoire ? 

Nous avons essayé d’avoir un enfant avec mon mari pendant 5 ans. Mais nous avons fait 12 fausses couches avant de pouvoir devenir parents. Durant cette période, j’ai été suivie par de très nombreux gynécologues pour essayer de comprendre ce qui n’allait pas chez nous. Bien sûr, ça nous a conduit à plusieurs examens afin de déterminer l’origine de ces fausses couches. Et on nous a orienté vers la PMA.

  • Qu’est ce que la PMA ? Comment cela se déroule t-il ?

PMA ou AMP, Procréation Médicalement Assistée ou Aide Médicale à la Procréation… Déjà il faut savoir que pour avoir le droit d’y accéder, il faut avoir fait au moins trois fausses couches consécutives et/ou ne pas avoir eu de grossesse pendant au moins 18 mois d’essai. D’autre part, les délais de rendez-vous peuvent être très longs. Ca peut prendre jusque six mois avant d’être vu par un spécialiste de l’infertilité et évidemment on ne se sort pas de ce rendez-vous avec des réponses à nos questions mais avec une batterie d’ordonnances pour faire de nouveaux examens, tels que des caryotypes, des matrices-lab, hystérographie, etc… Certains examens sont pris en charge par la Sécurité Sociale, d’autres plus poussés ne le sont pas et peuvent là, encore mettre plusieurs semaines voir des mois avant d’apporter des réponses ou pas… En ce qui nous concerne, nous avons fait plusieurs centres de PMA (cliniques et hôpitaux publics) et vu différents médecins durant ce parcours. Seul un médecin a bien voulu prendre notre cas au sérieux. Avant cela, le discours auquel nous avions le droit était que je ne serai jamais maman sans avoir d’explication et que surtout je devais abandonner ce projet en vu de mes trop nombreux échecs. Il faut dire que douze fausses couches ça reste très rare. Ce médecin a fini par me trouver une maladie auto-immune (SAPL : le Syndrome des Anti-Phospholipides) qui couplé à une AMH très basse serait responsable de mes fausses couches. A ce stade j’en avais que onze à mon actif. Elle a décidé de mettre en place un protocole de stimulation ovarienne pour l’AMH et une insémination artificielle et un traitement sous anti-coagulant pour le SAPL en plus de la progestérone et vitamines. La première IAC en mai 2016 s’est terminée par la douzième fausse couche. Mon médecin a donc décidé de recommencer le même protocole avec d’autres doses plus fortes. En juin 2016 j’étais enceinte.

  • Les fausses couches ont-elles eu lieu tard dans la grossesse ?

Mes fausses couches ont eu lieu à différents stades, j’en ai eu de très précoces qui duraient à peine deux ou trois semaines et une qui s’est terminée à vingt semaines et demi.

  • Comment réagissiez-vous à chaque fausses couches ?

Je suis passée par tous les états possibles et inimaginables concernant les fausses couches. Pour certaines j’étais effondrée, surtout si je voyais le fœtus. Souvent j’étais en colère, jalouse, je culpabilisais énormément… Pour d’autres, j’étais résolue et je semblais détachée de tout… il faut dire que sur les dernières, j’étais préparée à l’échec…

  • A chaque annonce de nouvelle grossesse, arriviez-vous à vous réjouir ? Combien de temps attendiez-vous pour l’annoncer à vos proches ?

Pour mes premières grossesses j’étais euphorique, je rayonnais et me réjouissais de devenir maman. On m’a toujours dit qu’il fallait attendre au moins trois mois avant d’annoncer une grossesse, chose que j’ai toujours faite, sauf pour mon mari et ma maman qui eux étaient immédiatement dans la confidence. Mais ensuite, non je ne pouvais plus me réjouir, j’étais obligée de me protéger au maximum, et il était plus facile pour moi de me dire que ça allait surement encore mal finir plutôt que de tomber encore une fois. Arrivée à la cinquième fausse couche, je le disais aux gens pour qu’ils me foutent la paix avec leurs questions concernant les enfants. Ça leur clouait le bec et ils me foutaient la paix.

  • Vous avez réussi à avoir une petite fille, combien de temps vous a-t-il fallu avant de vous projeter réellement, de décider d’effectuer les premiers achats… car je suppose que psychologiquement ça doit être compliqué de réaliser ?

Alors, pour ma fille, la grossesse a été très très compliquée. On m’a alité dès le début. J’ai été obligée d’être suivie par ma PMA toutes les semaines à partir de l’annonce de cette grossesse. Echographie toutes les semaines jusqu’à 21 semaines (délai de ma fausse couche la plus tardive), puis ensuite tous les 15 jours avec entre temps des monitorings à la maison. Et infirmière, psy à la maison plusieurs fois par semaine. Je n’ai jamais réussi à me projeter réellement dans cette grossesse, j’avais peur qu’à tout moment tout s’arrête, sachant que j’étais au départ enceinte de jumeaux et que j’en ai perdu un à trois mois à cause d’un décollement du placenta. J’ai acheté un doudou au bout de ces 21 semaines, j’ai fait un shooting de grossesse, car mon mari étant militaire devait partir en opex pour plusieurs mois (il ne se projetait pas non plus, c’est pour ça qu’il a préféré accepter de partir). Mais impossible de faire mon nid. Je me forçais à essayer de parler à ma fille, mais je pleurais presque à chaque fois. J’étais attachée à elle, mais la peur de la perdre m’interdisais de l’aimer.

  • Avez-vous quand même réussi à vivre de manière sereine cette grossesse ?

Non du tout ! Il y avait des jours ou c’était un peu plus simple, mais la peur prenait trop de place pour que je puisse être sereine. Surtout qu’avec le décollement, puis ensuite une menace d’accouchement à 25 semaines avec dilatation du col à 2.5 cm, puis pour finir pré-éclampsie et éclampsie… Non, je n’ai pas profité une seconde de ma grossesse.

  • Ces difficultés importantes à devenir parents ont-elles eu des conséquences sur votre couple ?

Oui, ça a bien failli nous séparer plusieurs fois, surtout que pendant la PMA et les différents protocoles qu’on a subit, notre vie sexuelle était dirigée par les médecins qui nous disaient quand et comment avoir notre intimité. Et je ne vous parle pas des périodes où je vérifiais ma courbe de température pour mon ovulation. Le sexe était devenu mécanique, et douloureux après les différents curetages que j’ai eu (9). Mais ça a fini par nous rapprocher aussi. Il faut que le couple soit vraiment solide pour supporter ce protocole.

  • Pensez-vous que la naissance de votre petite fille et la difficulté à l’avoir a intensifié vos relations avec elle ? Avez-vous ce besoin de la protéger en permanence (davantage que d’autres mamans), tendance à la couver…?

Oula OUI et OUI, je suis fusionnelle avec ma fille, et la peur de la perdre est toujours présente. J’ai décidé de reprendre mon activité à temps partiel pour m’occuper d’elle le plus possible. Elle est à ce jour toujours allaitée. Mon mari étant souvent absent pour son travail, on passe nos journées toutes les deux. Je ne l’ai jamais laissé plus de deux heures depuis sa naissance. Et l’idée de reprendre mon travail en septembre à temps plein me fait pleurer.

  • Avant d’avoir votre fille, avez vous commencer à faire une croise sur votre projet de maman ? Envisagiez vous d’autres solutions ?

Oui, j’étais résolue mais je continuais malgré moi à espérer et heureusement. Nous avions envisagé le don d’ovocytes à l’étranger et aussi l’adoption (on en parle toujours d’ailleurs).

  • Pensez vous avoir été soutenue par les professionnels ?

Non, à part ce médecin qui a pu nous aider, tous les autres étaient souvent inhumains dans leurs propos avec un cruel manque d’empathie.

  • Que diriez vous aux mamans qui ont de difficultés pour avoir un enfants ? Des conseils à leur donner ?

Déjà je commencerai par leur que je suis désolé pour elle, qu’elles ne devraient pas avoir à subir ça…que je les comprends…mais surtout qu’elles ne doivent pas baisser les bras. Il faut continuer à y croire même quand ça semble impossible. Changer de médecin plusieurs fois jusqu’à trouver le bon. Tout essayer pour ne pas avoir de regrets.

  • Pour quelle raison avez vous souhaiter témoigner ?

J’ai souhaité témoigner dans l’espoir que mon histoire puisse en aider d’autres qui rencontrent des difficultés à concevoir.

  • Une dernière chose à ajouter ?

Il est très important de s’entourer quand on traverse ce genre d’épreuve, que ce soit auprès de la famille ou des amis, mais aussi un soutien psychologique. Je souhaite aussi dire qu’être jalouse des femmes enceintes, avoir même parfois jusqu’à de la haine pour elles est un sentiment normal même si ça ne fait pas parti de notre caractère. Etre stérile est quelque chose d’épouvantable. Ne pas culpabiliser, nous ne sommes pas responsables de ce qui nous arrive. Ma fille est une merveille, il a fallu 5 ans pour qu’elle soit là mais tous ses sacrifices en valaient vraiment la peine. Et toute cette souffrance à disparu à l’instant où je l’ai serré dans mes bras. Nous avons eu rendez vous le 20 avril pour lancer bébé 2. Je suis beaucoup plus sereine car je me dis que même si ça n’aboutit pas j’ai déjà la chance d’avoir ma fille.

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